Le choc: l'embuscade du 28 février 1957

Plongez au cœur des événements du 28 février 1957, un jour où le convoi français de Gouraya a rencontré une embuscade d'une violence et d'une précision inouïes. Cette page retrace le déroulement tactique et humain de cet affrontement décisif, depuis la préparation méticuleuse des forces adverses jusqu'aux moments critiques de l'assaut, révélant la brutalité du combat et l'impact immédiat sur les hommes. Une chronique détaillée du "choc" qui a marqué l'histoire de la région.

La souricière se referme

Le matin du 28 février 1957, les forces adverses étaient déjà à pied d’œuvre, infiltrées de nuit pour éviter tout repérage par les patrouilles. Chaque combattant avait gagné son poste, parfaitement camouflé pour échapper à la vigilance du Morane d’accompagnement. Le convoi, en montée, fut observé discrètement avant midi, moment où Siakha et Yahia décidèrent de se retirer. Les postes de combat avaient été définis avec une précision chirurgicale, incluant deux « verrous » (nord et sud) pour ralentir les renforts. Les armes collectives étaient positionnées pour prendre la piste en enfilade. Une première ligne, composée des commandos Abdelhack et Ali Khodja (un homme tous les 10/15 mètres), avait pour mission prioritaire d’éliminer le scout-car et d’abattre les chauffeurs. Derrière, les unités disponibles du bataillon commando étaient réparties sur plusieurs lignes, distantes de 5 à 10 mètres. Le feu ne devait être ouvert qu'une fois les véhicules immobilisés, pour économiser des munitions, un problème récurrent pour l'ALN.

Le déluge de feu

Vers 13h40, le Morane tournant au-dessus, le convoi au retour entra de plein fouet dans la nasse. Deux coups de feu d’un fusil de chasse donnèrent le signal de l’attaque. Selon Raymond Guittard, le tireur du FM toucha l’avion, qui s’écrasa sur la pente du Djebel Nador. Roulant en tête du convoi, le capitaine Lucien B. fut tué net dans sa Jeep de deux balles en plein front, une au-dessus de chaque œil, sa Jeep basculant dans le ravin. Le scout-car, mitraillé et grenadé, fut stoppé, bloquant la piste et immobilisant ainsi tout le convoi. Jean Jobin se rappelle les premiers coups de feu, distincts puis s’intensifiant en un déluge de feu. Les assaillants tiraient sur des cibles parfaitement visibles à courte distance, tandis que les militaires, surpris, abasourdis et tétanisés, répliquèrent au hasard, ne voyant personne.

Une violence inouïe

Dans les deux premières minutes de l'embuscade, on estime que 25 à 30 hommes du convoi étaient déjà hors de combat, dont la quasi-totalité des permissionnaires regroupés sur un GMC. Aimé Moulin fut témoin d’un fellagha armé d’un pistolet mitrailleur tirant « dans le tas » depuis le plateau du GMC. Pour les rebelles, la rapidité était essentielle. Le combat se transforma souvent en corps à corps, y compris à l’arme blanche. L’objectif principal était de récupérer un maximum d’armes et de matériel, mais aussi des treillis et des Pataugas, ces derniers étant très recherchés car introuvables dans le commerce algérien où leur vente était interdite.

Frappe, récupère, décroche

Cette stratégie s'inscrivait dans un vieux principe édicté par l’Émir Abd el-Kader et repris par le Dr Mohamed Téguia : « Il s’agit de profiter de l’effet de surprise, de frapper vite et de se diluer dans la nature en emportant le plus d’armes possibles. L’engagement doit être bref, la durée n’excédant pas 15/20 minutes ». C’est le principe de la razzia : « Frappe, récupère et décroche ». Cependant, les emplacements de tir prévus par les assaillants ne s’étaient pas avérés adaptés à la longueur inhabituelle du convoi, et la puissance de feu fut mal répartie. Les trois derniers GMC furent pratiquement épargnés, ne pouvant être que dans la courbe la plus courte au sud. Au milieu du convoi, quelques militaires (7 ou 8) parvinrent à résister aux assauts. Il faut noter, à la décharge d'Abdelhak, que le convoi ne comportait pas toujours le même nombre de véhicules. Ce 28 février, il était exceptionnellement long, alors qu'il n'était parfois que de cinq camions. De plus, à la montée, les véhicules roulaient plus serrés, tandis qu'à la descente, la vitesse tendait à allonger les distances de sécurité.

La contre-attaque et la dispersion

C’est le half-track du sous-lieutenant Roger C. qui, dit-on, empêcha un désastre total. Suite à un incident technique, ce blindé quitta Bouyamène avec un léger retard et déboucha dans le dernier virage alors que l’embuscade battait son plein. En position dominante grâce à la pente, le sous-lieutenant ne perdit pas son sang-froid et ouvrit le feu de ses deux mitrailleuses, servant lui-même la 12,7, tirant notamment sur la tête de l’embuscade et le scout-car qui ciblaient plusieurs GMC du convoi. Un groupe de rebelles tenta d’enlever la queue du convoi mais échoua. Suite à cette intervention, toute l’embuscade se dispersa. L’opération n’avait pas duré un quart d’heure, la règle du « frappe, récupère, décroche » ayant été respectée. Quelques minutes plus tard, le premier élément de la 2e compagnie arrivait en renfort par le sud, immédiatement suivi par un second de la 3e compagnie par le nord, ne pouvant que porter secours aux blessés.

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