Le bilan d'une tragédie: Des pertes lourdes et indélébiles
L'embuscade du 28 février 1957 a laissé des cicatrices profondes, tant humaines que matérielles. Plongez dans l'analyse détaillée des conséquences de cet événement, des vies fauchées aux équipements disparus, en passant par les récits contradictoires et les preuves troublantes. Cette page vise à reconstituer le véritable coût de cette journée fatidique, à travers un examen minutieux des faits et des témoignages.

Le coût humain: des vies brisées
Le bilan humain de l’embuscade est d’une gravité extrême. On déplore un total de 30 hommes perdus : 26 tués sur le coup, le pilote du Morane, 2 blessés qui ont succombé à leurs blessures dans les jours suivants, et le disparu dont le corps a été retrouvé le 13 mars 1957 près du lieu de l’embuscade. À cela s'ajoutent 12 blessés qui ont survécu, ainsi que l’observateur radio du Morane, également blessé mais vivant.

L'arsenal perdu: un butin inattendu
Les pertes en armes, matériels et équipements furent également considérables. Le compte-rendu (CR 2) dénombre : 2 mitrailleuses de 30 (dont celle du scout-car), 14 pistolets-mitrailleurs (PM), 6 fusils Garand, 2 carabines US, 2 pistolets automatiques (PA), 1 poste radio SCR 300, 2 postes radio SCR 536, 4 gilets pare-balles et 1 manchon lance-grenade. Les treillis et Pataugas, arrachés aux morts, ne sont pas comptabilisés. Cette liste des pertes en armes et matériel, établie par Xavier Marty, a été transmise à un rescapé sans qu'il en conserve de double.
La mention de deux mitrailleuses perdues est surprenante, car le Morane n’était pas censé être armé. Xavier Marty ne s’en souvient plus, mais Joseph Catala le confirme. Mourad Lebtahi, lui, n'en compte qu'une seule récupérée. Cependant, un témoin récent de l'embuscade se rappelle d’une arme inhabituelle qui l’a intrigué, mentionnant des noms qui font penser à une « Reibel ». Il s’agit bien d’une mitrailleuse, la MAC 34, surnommée Reibel, équipant effectivement les Morane en Algérie, avec un chargeur "camembert" de 100 cartouches. Le témoin a ajouté qu'elle "provenait du mouchard" (l'avion). Les témoins ne l’ont probablement pas vue sur l’avion car elle avait déjà été récupérée, et son support, sans doute tordu, est passé inaperçu. L'observateur traumatisé n'a donné aucun renseignement. Pour ceux de l’embuscade, elle a été considérée comme un fusil-mitrailleur (FM). Il y avait donc bien 2 mitrailleuses perdues, mais pas des calibres 30 : une de 7,62 mm et une autre de 7,5 mm.
Les carabines US perdues étaient celles du capitaine et du pilote, très recherchées par les HLL (Hors-la-loi) pour leur légèreté et leur praticité, malgré une puissance d'arrêt faible. Un tel "trésor de guerre" n’a pas pu être emporté par une troupe fatiguée et blessée. Il a donc été enfoui sur place dans une tranchée préparée à l’avance, dont Mourad Lebtahi a vu la trace en 1962.

Le sort des GMC: entre faits et témoignages
L’armée a également perdu 4 GMC, tombés dans le ravin. Mourad Lebtahi affirme avoir vu les carcasses des 4 véhicules au fond du ravin en 1962, à 250-300 mètres en contrebas de la piste, dans un endroit difficile d’accès, très boisé et broussailleux. Cependant, Edmond Courraly le dément, ayant participé à une fouille du terrain une semaine après l’embuscade sans y voir d’épaves. Il n’en reste pas moins que ces 4 GMC sont bien tombés dans le ravin et qu’il devait être difficile de les en extraire.
La cause de la chute de ces véhicules n’est pas celle initialement supposée. Il a longtemps été dit que des chauffeurs tués les avaient fait sortir de piste. Or, Raymond Guittard précise que, lors des évacuations, des véhicules hors d’usage bloquaient la piste. L’ordre fut donné de les pousser dans le ravin pour dégager le passage, tâche dont le half-track s'est chargé (CP 14). Compte tenu de l'impossibilité de les récupérer, à l'exception de quelques pièces, ils furent abandonnés sur place. Ce témoignage est valable et logique, aucun autre ne faisant état de difficultés majeures pour la récupération et le rapatriement des corps, ce qui aurait été le cas si les véhicules avaient été bloqués à même la piste.
Sur le blog de Michel figurent deux photos strictement identiques dont l'une est présentée comme étant liée directement à l’embuscade (de Claude Rochard), tandis que l'autre est une simple sortie de piste (de Daniel Boulay). La confusion demeure. Les lieux ne sont pas aussi touffus que le signale Mourad Lebtahi, et il est difficile d'imaginer des hommes descendre dans un ravin profond pour une simple photo souvenir. Par ailleurs, les véhicules touchés en tête étaient hors d’usage. La situation reste perplexe.

Le mystère du Morane MS 500: l'avion abattu
Dès le début de l’embuscade, l’avion d’observation, un MS 500, a été abattu par le tir du FM et s’est écrasé sur le Djebel Nador. Une photo d’Albert Roussel (6), présente sur le blog de Michel, immortalise cet événement. Cependant, cette photo soulève des questions. Le sous-lieutenant MD (3), qui a retrouvé l’avion, a constaté que le pilote était décédé à sa place, sans que l'on sache si la cause était une balle ou l'impact du crash. L’observateur, lui, n’était que blessé et s’était caché des fellaghas. Cela suggère un choc pas trop brutal, évoquant une tentative d’atterrissage.
La photo montre que le point de chute est plat et dégagé, alors que les pentes du Djebel Nador sont broussailleuses. Albert Roussel (6) précise que sa photo a été prise après l'embuscade, les débris de l'avion ayant été regroupés au lieu-dit Lalla Ouda. Edmond Courraly confirme cela avec une autre photo, prise lors de la création du poste de Lalla Ouda, où les débris étaient toujours présents. Mourad Lebtahi affirme les avoir vus en 1989, mais sans en préciser l'endroit. Dans son dernier mémo, il a ajouté qu'il ne subsistait à l’emplacement du crash, encore aujourd’hui, qu’une partie de la carlingue, les ailes et le train d’atterrissage ayant disparu, ce qui est parfaitement concordant.

Les pertes rebelles: un bilan incertain
Les informations sur les pertes rebelles sont plus fragmentaires. Nous n'accorderons pas de crédit aux témoignages exagérés rapportant des dizaines de véhicules détruits, tous les soldats tués et des centaines d'armes récupérées. Ce qui est certain, c’est que Abdelhak a été tué alors qu’il tentait de récupérer la mitrailleuse de 12,7 mm du scout-car, et un autre homme a été identifié à ses côtés.
Le seul témoignage que nous possédons, rapporté par Mourad Lebtahi, pour les combats sur la piste, indique une seule perte pour le commando Abdelhak (son chef servant la 12,7 du scout-car), aucune pour l’élément Ali Khodja, et 3 pour le bataillon (dont Ouahlima, de Gouraya, mortellement blessé en récupérant la mitrailleuse de 30 du scout-car). À cela s'ajoutent 4 civils parmi les ramasseurs d’armes, et une dizaine de blessés évacués, ligotés et bâillonnés, à dos de mulets. En tout état de cause, les assaillants se replièrent en bon ordre, et leurs pertes furent minimes.
Le compte-rendu (CR 2) indique 9 tués, 2 prisonniers et un fusil de chasse récupéré, ce qui peut être sujet à caution. MD (3) ne parle que d’un fellagha mort sur la piste. Le CR joint au Journal de marche et opérations (JMO) précise que « le sous-lieutenant Roger C. a vu lui-même des HLL ramenant des morts et des blessés sur les pentes dominant la piste. Seuls les rebelles abattus sur celle-ci y sont restés » (1), ce qui reste vague. Raymond Guittard, quant à lui, signale avoir vu 7 HLL morts sur la piste. On peut donc affirmer que les assaillants se sont repliés en bon ordre en emportant leurs blessés. Mourad Lebtahi signale une dizaine de blessés chargés sur des bêtes de somme et 2 tués dont les corps n’ont pas été retrouvés dans la forêt. Leurs pertes furent minimes.
Il est reconnu que c’est l’arrivée inopinée du half-track qui précipita l’ordre de décrochage. Compte tenu de ce que nous savons, il est difficile d’acquiescer à une telle affirmation car sa puissance de feu fut faible, voire négligeable. Mais peut-être sa présence a-t-elle joué un rôle psychologique.

Une image troublante: la photo du capitaine
Une photo, réalisée par le photographe de la 3e compagnie, montre un capitaine de la 3e compagnie, certainement posé, prise par le photographe « officiel » de cette unité cantonnée alors à Dupleix. Il est à remarquer qu’il n’est pas en tenue de combat, mais de sortie. En 1960/1961, un officier ainsi vêtu était rare, les officiers portant généralement un treillis, comme le capitaine Assémat qui l'a relevé ou Edmond Courraly l'a vérifié.
Il ne semble pas que ce cliché ait été réalisé sur la piste de l’embuscade, mais plutôt dans la cour de la ferme Buthion, poste de la 3e compagnie. En outre, cette photo est indécente, montrant un HLL abattu, débraillé pour laisser voir un point d’impact. S'agit-il d'un tableau de chasse ? Ce n'est pas impossible connaissant mieux cet officier, qui n’était pas particulièrement apprécié de ses hommes et mal noté par ses supérieurs. Il aurait été muté dans un autre bataillon du 22e avant d’être définitivement rayé des cadres. C’est le capitaine Assémat qui l’a relevé, en se présentant à lui comme le nouveau commandant de la compagnie, sans ménager ses paroles.
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