L'épilogue de Gouraya : leçons d'une embuscade

Après le choc de l'embuscade du 28 février 1957, la région de Gouraya a connu une réorganisation profonde et un lourd bilan humain. Cette page revient sur les défis logistiques, les mesures de sécurisation mises en place, l'impact sur les unités et les destins croisés des acteurs du conflit.

Des convois stoppés, un moral à préserver

Pendant trois semaines, les convois de ravitaillement vers Bouyamène et Béni Bou Hanou furent complètement stoppés, remplacés par des parachutages effectués par des Nord-Atlas jusqu'en juin 1957. Une solution cruciale mais insuffisante pour le moral de la troupe : l'acheminement du courrier. Malgré quelques largages fortuits par T6 ou hélicoptères de personnalités, les occasions étaient rares, soulignant la difficulté de maintenir le lien avec l'extérieur dans ces conditions extrêmes. À noter qu'en 1960/61, le ravitaillement se ferait par véhicules propres.

Sécurisation du terrain : une réponse immédiate

Pour éviter qu'un tel désastre ne se reproduise, des mesures immédiates furent prises. Les abords de la piste furent déboisés sur une profondeur d'une trentaine de mètres. Cette action stratégique rendait impossible toute embuscade à l'aplomb du talus, et à cette distance en retrait, les attaquants potentiels n'auraient pratiquement plus de visibilité sur le convoi, dissimulé par la hauteur du talus. Une transformation du paysage pour la sécurité des hommes.

Le verrouillage de la piste et le lourd tribut du 22e RI

La construction du poste de Lalla Ouda en octobre 1957, face à la tête de l'embuscade, et l'occupation par la 3e compagnie, ainsi que le poste de Tala Icorn créé en juillet, verrouillèrent stratégiquement la piste. Cependant, cette embuscade, comme celle de Tizi Franco et d'autres, accrédita la mauvaise réputation du 22e RI, le régiment ayant connu le plus de pertes en AFN (279 hommes, sans compter les Harkis). À titre de comparaison, le 2e REP, régiment d'élite, a eu 216 tués sur une période similaire.

"« Vous avez choisi le régiment le plus décoré à titre posthume »"

Jean-Claude Picolet. Cette phrase marquante, murmurée à la sortie de Cherchell, illustre le destin de ceux qui, comme lui, ont choisi le 22e RI. Parallèlement, le Commando Zonal Ali Khodja, acteur de l'embuscade, recruta et forma 1200 combattants expérimentés. En juillet 1962, il ne restait que 10 survivants de ce commando, parmi lesquels le Commandant Azzedine et les lieutenants Si Lakhdar et Mustapha El Blidi. Ces destins croisés témoignent de la violence et du sacrifice des deux côtés du conflit.