Les forces en présence : Un affrontement asymétrique

L'embuscade de Gouraya du 28 février 1957 fut le théâtre d'un engagement militaire où chaque camp joua un rôle crucial. Cette page détaille les forces militaires françaises et algériennes qui se sont affrontées ce jour-là, explorant leur composition, leur commandement et leurs objectifs stratégiques. Comprendre les acteurs est essentiel pour saisir la complexité de cet événement marquant de la Guerre d'Algérie.

Le convoi français du 22e RI

L'élément français impliqué dans l'embuscade de Gouraya le 28 février 1957 était une unité du 22e Régiment d'Infanterie (22e RI). Plus précisément, il s'agissait de la Compagnie de Commandement d’Appui et de Services (CCAS) du PC du 1er Bataillon, stationnée au Bois Sacré, près de Gouraya. Ce convoi, dont la mission était le ravitaillement, était un objectif stratégique pour l'ALN.

Officiellement, le convoi comptait 15 véhicules, dont 2 blindés (un scout-car et un half-track), au moins deux Jeep et environ 11 GMC. Chaque GMC transportait 3 hommes : un chauffeur, un chef de bord et un homme d’escorte. Le chef du convoi était le Capitaine Louis B., commandant de la CCAS, et le Sous-Lieutenant Roger C. dirigeait la section d’appui. Au retour, l'effectif total était de 58 combattants, incluant des membres de la 2e Compagnie et des permissionnaires. Des observations avancées ("choufs") postées à Dupleix avaient cependant compté 18 véhicules au départ, dont 2 Jeep, créant un léger écart avec les chiffres officiels. Ce convoi ne ravitaillait que Bouyamène, malgré la possibilité théorique de desservir d'autres postes.

L'armée de libération nationale (ALN)

L'Armée de Libération Nationale (ALN), branche armée du FLN, a orchestré cette embuscade avec une force considérable. Bien que certains articles, basés sur des témoignages comme celui du "petit berger" AH (8), aient évoqué un chiffre de 35 hommes, cela correspondait probablement aux forces locales vues par le témoin. L'instigateur principal de l'embuscade était Si Abdelhak (Mohamed Hanoufi), chef du commando zonal.

L'opération nécessitait l'accord du Capitaine Hocine Slimane, alias Si Siakha, responsable politico-militaire de la zone 4 (Wilaya IV), et surtout l'appui de Yahia Ait Maâmar, alias Si Yahia, commandant un bataillon de la Wilaya IV. Ce bataillon, créé en janvier 1957, était théoriquement fort de 300 hommes (3 katibates) mais son effectif réel au moment de l'embuscade est estimé entre 180 (Dr Mohamed Taguia) et 250 djounoud (Mourad Lebtahi, Mustapha Melzi). Le bataillon comprenait des unités d'élite comme le commando zonal d'Abdelhak (38 hommes) et un élément du commando Ali Khodja (12 combattants), mené par le sergent Mustapha El Blidi.

La mission des forces algériennes était divisée : une avant-garde de 5 hommes à 3 km de Dupleix, 40 hommes en couverture sud et 30 en couverture nord pour bloquer les renforts, et un groupe d'attaque de 180 combattants. Parmi eux, 100 hommes étaient dédiés à l'assaut des camions après le blocage du convoi, et 80 hommes, assistés d'une trentaine de civils, étaient chargés de la récupération des armes, du matériel et de l'évacuation des blessés. La tâche principale – immobiliser le convoi et neutraliser le scout-car – était confiée aux unités d'élite.

Rapport de force et stratégie de l'ALN

Le rapport de force était nettement en faveur de l'ALN, avec une supériorité numérique d'environ 5 contre 1. Associée à l'effet de surprise et une position dominante, cette disparité condamnait le convoi français dès le départ. En 1957, l'ALN disposait encore d'unités importantes et contrôlait une grande partie du territoire. La Wilaya IV, à son apogée en 1957/1958, comptait un bataillon, 25 katibates et 3 commandos zonaux (Ali Khodja, Djamel et Abdelhak), totalisant environ 3000 combattants armés.

Le Commandant Azzedine (Rabah Zerrari), qui avait pris le commandement du commando Ali Khodja, imposait une discipline de fer, interdisant notamment les mutilations des cadavres et les violences contre les civils. Cette éthique était également observée par Abdelhak. Les grandes opérations du "Plan Challe" (1959-1961) ont par la suite laminé ces unités, le FLN perdant la guerre sur le terrain. Cependant, l'ALN a maintenu de petits groupes pour entretenir l'insécurité, forçant l'Armée française à poursuivre un "quadrillage" coûteux en troupes et dépendant de plus en plus des appelés et des harkis, pariant sur la lassitude française pour une victoire politique.

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